PALIMPSESTE GARAGE

Le titre :Too much tension!

L’artiste :The Mystery Lights

Le format :33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre :Glissement de temps garage.

C’est qui ?:4 gamins américains.

Qui joue dessus ?:M.Brandon / L.A.Solano / A. Amini / Z. Butler.

Comment ca sonne ?:Comme un nuggets. (La compile de Lenny Kaye, pas le truc de MacDo).

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’en pense Caillou :

Deuxième très bon disque du groupe, après l’excellent album éponyme de 2016, et rien de nouveau.

Parce que la nouveauté, The Mystery Lights n’en a rien à cirer. Tous les « canons esthétiques » du rock garage sont là : farfisa, guitare en avant, reverb et traumatisme british invasion pur jus.

Début de l’intermède du pisse-froid :

Ouais c’est toujours pareil, ca sonne comme 10 000 trucs déjà entendus. En plus ça sonne exactement comme The Standells ou Count Five, on se croirait en 1966. Y’ a même un passage pompé sur « What goes on » du Velvet. C’est pas ça qui va faire avancer le schmilblick. Je retourne réecouter Radiohead, ça au moins c’est moderne.

Fin de l’intermède du pisse-froid .

On ne se l’explique pas, mais un triste sire a réussi à glisser sa prose dans ces lignes. Caillou s’en voit désolé, surtout qu’il ne cautionne pas ces propos rétrogrades. Encore un qui pense que le rock’n’roll est un art majeur…

KING ROBERT

Le titre :Warp and woof

L’artiste :Guided By Voices

Le format :33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre :Morceaux de chansons.

C’est qui ?:Le groupe de Robert Pollard, le type gravement atteint de « tragoudirhée » (cherchez pas c’est un mot que Caillou vient d’inventer pour faire le malin).

Qui joue dessus ?:Robert Pollard, Doug Gillard et des membres du groupe dans sa première formation, mais sans Tobin Sprout.

Comment ca sonne ?:Prise de son à l’arrache, guitare en avant.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’en pense Caillou :

Après avoir mis en veilleuse sa production en 2004, Guided By Voices s’est reformé en 2012, avec ses membres originaux (enfin plus ou moins, ça dépend des albums, Robert Pollard restant toujours aux commandes). Depuis, le groupe enquille les albums comme dans les années 90. Donc là, c’est quand même le 29ème(!?!), et même le deuxième sorti cette année….

En gravant 24 morceaux sur deux faces (37 minutes) le groupe renoue avec sa manière étrange de composer des « bouts de morceaux » du genre : intro/couplet/refrain… et c’est tout. Avec au milieu des vrais morceaux de mélodie. 

Bref c’est toujours aussi bien, aussi mélodique, aussi rythmé par un jeu de guitare percutant et simplissime.

Plus de 30 ans après ses débuts, Guided By Voices force le respect, portant au pinacle le truc qu’on aime tous, ce truc adolescent neuneu qui consiste à ne jamais se prendre au sérieux, tout en étant persuadé qu’on est le meilleur groupe du monde dans son garage.

Caillou pense que quand Robert Pollard mourra, il se fera enterrer en Converse, une Budweiser dans la main.

A L’OUEST

Le titre :20 years in a Montana missile silo

L’artiste :Pere Ubu

Le format :33T/30 cm

La date de sortie : 2017

Le genre :Rien à voir avec Alfred Jarry.

C’est qui ?:Le groupe du Mark E. Smith du Middlewest.

Qui joue dessus ?:David Thomas et ses copains du moment.

Comment ca sonne ?:Délétère.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’en pense Caillou :

Dernier album en date du groupe de David Thomas (le 17èmequand même), seul membre permanent depuis 1975, et ce coup ci ça ressemble à quelque chose. 

Parce qu’avec Père Ubu c’est pas gagné d’avance : chanteur barré, membres du groupe overdosés, référence obscure à l’inventeur de la pataphysique, étrangeté sonore : dans la presse on appelle ça un groupe « culte ». 

On n’a jamais bien compris ce terme, ça doit être une manière polie de dire : c’est bien, mais des fois ils font n’importe quoi…

Albums des années 70 mythiques, albums des années 80 « à boire et à manger » pour être poli, albums des années 90 plus réussis, albums des années….comment on dit ? 00 ? 2000 ? bref, albums des années 2000 sortis uniquement en CD , donc on boude. 

Si on considère que c’est un groupe tout court, ce dernier album est très réussi, car il contient tout ce qui fait qu’on peut considérer Père Ubu comme un très bon groupe : compositions originales, traitement sonore particulier, chant singulier. Fini les instruments malvenus, les arrangements foireux ou les monologues pénibles. 

Juste une manière singulière d’appréhender le format de la chanson pop (c’est à dire en refusant d’en faire) qui a quelque chose d’unique. Et aujourd’hui, les groupes dont on peut qualifier la musique d’unique, y’en a pas des masses…

EMERGENCY ROOM

Le titre :Wheeltappers and shunters

L’artiste :Clinic

Le format :33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre :Musique de nuit.

C’est qui ?:Des gars de Liverpool.

Qui joue dessus ?:A.Blackburn / B.Campbell / J. Hartley / C.Turney.

Comment ca sonne ?:Son bizarroïde et déformé,  un peu comme en boite de nuit vers 4h du matin, après avoir bu trois litres de jus de pommes.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’en pense Caillou :

Depuis presque vingt ans, ce groupe de Liverpool, qui monte sur scène déguisé en chirurgien (masque compris), sort des albums d’une qualité constante. C’est le genre de groupe qu’on aime d’avantage pour la façon dont il sonne que pour ses compositions. Même si les chansons sont bonnes, c’est le son du groupe qui le singularise. On pourrait presque leur appliquer le mot de John Peel à propos de The Fall : « Always different, always the same ». Ici c’est le son qui change à chaque album, tout en restant similaire au « cahier des charges » initial: beaucoup d’écho,  effet sur la voix (ou alors le chanteur mâche un très gros chewing-gum…) / riffs joués à l’orgue / rythme entêtant.

La déclinaison 2019 se rapproche du son des albums des années 2000, en mettant cette fois en avant la basse. On ne comprend absolument rien de ce que raconte le chanteur (il doit chanter avec son masque) mais on s’en fout, c’est super.

Comme quoi à Liverpool, y’a pas que les Rolling Stones.

Il y a la photo d’un gros gorille placée en insert dans l’album. Caillou trouve cela super cool.

HALLOWEEN PARADE

Le titre :Live at the Paramount

L’artiste :Nirvana.

Le format :33T/2×30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre :Pixies-like.

C’est qui ?:Le dernier groupe de rock’n’roll.

Qui joue dessus ?:Kurt Cobain/Krist Novoselic/Dave Grohl

Comment ca sonne ?:Puissant. Prise de son nickel.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’en pense Caillou :

C’est la première fois que cet enregistrement en concert est disponible officiellement, capté en 1991 à Seattle, peu de temps après la sortie de « Nevermind » (seule une version vidéo existait). D’ici la fin de l’année 91 le groupe deviendra la plus grosse vente de l’industrie musicale, virant Mickael Jackson de la première place des classements (YES !). C’est le meilleur enregistrement live du groupe, celui de Reading étant moins bon et le Unplugged étant….unplugged. C’est aussi un des meilleurs disque live tout court: groupe en place, son énorme et chant, euh, comment dire?…terminal?

Nombreux à cette époque se sont demandés devant le succès du groupe : pourquoi eux et pas Pixies. Même qualité des compositions, même puissance sonore (genre « bruit du tonnerre »), même singularité dans le chant, bref un registre identique.

Sauf que….les voix des deux chanteurs ne sont pas tout à fait les mêmes. Black Francis était capable des mêmes intonations que Cobain, sauf que sa voix et ses hurlements sont de l’ordre de l’étrangeté, de la violence, voire…inspirent la peur. Dans le cas de Nirvana c’est différent. La voix de Cobain est une plainte, immensément expressive, qui fait qu’on a immédiatement envie de lui de demander « Qu’est-ce qui va pas mon petit gars ? Où t’as mal ? », une sorte de pathos vocal,gros comme un camion. 

Avec « Nevermind » Nirvana a instantanément ridiculisé les blaireaux du genre Guns’n’roses, popularisé le rock indépendant, et fait qu‘on écoutait Lush dans les supermarchés (véridique).

Pour cela, Caillou lui en sera éternellement reconnaissant.

ROOT BEER

Le titre :Root hog or die

L’artiste :Des paysans avec des guitares, des violons, des banjos.

Le format :33T/6×30 cm

La date de sortie : 2015

Le genre :Le sel de la terre.

C’est qui ?:Des paysans.

Qui joue dessus ?:Des paysans avec des guitares, des violons, des banjos ou sans rien…a cappela.

Comment ca sonne ?:Vernaculaire.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ca a bien vieilli ?

Enregistrements remastérisés, sonnent plutôt bien pour des enregistrements effectués, pour les plus anciens, il y a 90 ans.

Ce qu’en pense Caillou :

En 2015, Alan Lomax aurait eu 100 ans.

Pour l’occasion, Mississippi Records a publié un coffret de 6 albums résumant l’essentiel de son travail d’enregistrement des musiques populaires, réalisé pour la Bibliothèque du Congrés américain et la série « Folk American Music ».(Par populaire, comprendre musique du peuple (folk), pas celle qui est populaire dans le Billboard).

L’ensemble est vertigineux, témoignant de la vivacité incroyable de la musique folklorique dans les pays anglo-saxons (USA surtout, Angleterre, Irlande) et quelques pays latins (Espagne, Italie). La cathédrale musicale des gueux. Dylan a du en acheter 10 exemplaires d’un coup.

Le label aurait pu proposer une sorte de « best-of » des enregistrements déjà connus, mais ce sont majoritairement des inédits qui sont rassemblés dans ce coffret. Loin d’être des fonds de tiroirs, la qualité et l’intêret musical restent intacts, ce qui en dit long sur l’importance historique du matériel accumulé et préservé par les Lomax (père et fils), qui mériteraient d’avoir leurs trombines sur les billets de un dollar.

Caillou précise qu’il n’y a évidemment aucun enregistrement réalisé en France qui, comme chacun le sait, est un pays bon à rien concernant la musique populaire.

MY HEART STOOD STILL

Le titre :Da doo ron ron

L’artiste :The Crystals

Le format :45T/17,5 cm

La date de sortie : 1963

Le genre :Stupidité adolescente.

C’est qui ?:Le groupe vocal à géométrie variable dirigé par Phil Spector.

Qui joue dessus ?:La La Love/Don Randi/Hal Blaine, et d’autres dont on est pas certain.

Comment ca sonne ?:Comme une épiphanie tonitruante.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

Ne vieillira jamais.

Ce qu’en pense Caillou :

Peut-être la plus grande intro de toute la musique pop enregistrée : un bourdon de cuivres à l’unisson à frémir, des clappements de mains à l’arrache, un rebond de basse hypnotisant, un roulement de batterie au son venu d’ailleurs, le tout débouchant sur un premier vers absolument niais, chanté par une gamine. N’importe quel homo-sapiens taperait du pied.

Impact immédiat, mélodie entrainante, brièveté de la chanson, thème adolescent débile : toute la panoplie de la chanson pop est là, magnifiée par le son pété de reverb du studio de Phil Spector, pour les siècles des siècles.

Comme a dit je sais plus qui : « Dieu existe, il joue de la batterie sur Da doo ron ron. »

Amen.

FACES CACHÉES

Le titre :B sides

L’artiste :Mrs Magician

Le format :33T/30 cm

La date de sortie : 2013

Le genre :Garage, tendance pop-songs.

C’est qui ?:4 gars de San Diego.

Qui joue dessus ?:Jacob Turnbloom/Tommy Garcia/Cory Stier/Evan Ehrich

Comment ca sonne ?:Comme des démos.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça à bien vieilli ?

Sans objet.

Ce qu’en pense Caillou :

Groupe de San Diego ayant la même approche que Guided By Voices : des chansons pop au son pourri, sonnant comme des démos de très bons morceaux, avec une véritable aisance mélodique.

Tout est écrit par un seul membre du groupe, Jacob Turnbloom, un gars avec qui on boirait bien l’apéritif vu la qualité des morceaux, dix fois mieux que les 2/3 de ceux de Ty Segall (un contemporain qui à une approche similaire, mais à plus « la côte » qu’un véritable talent d’écriture).

En plus ce ne sont que des faces-b de singles… !?…

Ce groupe inconnu n’a en fait sorti que 2 albums, alors que Ty Segall 3 657.

Caillou trouve cela scandaleux.

GROUND CONTROL TO MAJOR COYNE

Le titre :Marjory razorblade

L’artiste :Kevin Coyne

Le format :33T/2×30 cm

La date de sortie : 1973

Le genre :Chef d’œuvre inconnu.

C’est qui ?:Un musicien Anglais qui n’à pas eu ce qu’il méritait.

Qui joue dessus ?:Kevin Coyne et son groupe excellent (Il y a même un Français : Jean Roussel).

Comment ca sonne ?:Acoustique, avec beaucoup de relief.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

La production, excellente et toute simple, ne peut pas vieillir.

Ce qu’en pense Caillou :

Chez Kevin Coyne, tout est singulier. 

La voix et le chant, qui ont influencés John Lydon, période Rotten (de son propre aveu). Le jeu de guitare, Coyne jouant de l’instrument bizarrement posé à moitié à plat sur ses genoux, se servant principalement de son pouce pour pincer les cordes. Les compositions, ne ressemblant à rien, un peu comme les chansons de Syd Barrett. 

Le problème étant que Kevin Coyne lui aussi ne ressemble à rien. Il a de drôles de proportions, sa tête paraissant trop grosse pour son corps. On est loin de la figure Rimbaldienne de l’ex-membre de Pink Floyd, les cheveux collés au soda, posant  assis torse nu sur son parquet bicolore. Coyne n’avait pas l’image vendeuse d’un proto-Kurt Cobain. Ce qui explique peut-être son faible succès et son oubli relatif.

Même si certains thèmes abordés sont un peu plombants (« House on the hill », la plus belle chanson sur la maladie mentale, à égalité avec « Holocaust » de Big Star), la musique de Coyne est joyeuse, par essence (« Marlene » par exemple).

Et pourtant. Ce disque est un double album et c’est peut être le seul double album où toutes les chansons sont excellentes (même sur le blanc des Beatles il y a des conneries). Un des rares cas où on ne se dit pas « en élaguant un peu, ça aurait fait un super album ».

Caillou pense que « Jackie and Edna » est la plus belle chanson d’amour qui soit.

UNE BALLE DANS LE PIED

Le titre :Dogrel

L’artiste :Fontaines D.C.

Le format :33T/30 cm

La date de sortie : 2019

Le genre :FAC 2057

C’est qui ?:Des Irlandais (du Sud)

Qui joue dessus ?:Des jeunes de Dublin.

Comment ca sonne ?:Bizarre. Voix très en avant, le reste tout au fond.

Si c’est une réédition ou un vieux machin, est-ce que ça a bien vieilli ?

 Sans objet.

Ce qu’en pense Caillou :

Fontaines D.C. a sorti l’an dernier une poignée de singles pas mal du tout (« Too Real » notamment). On attendait donc l’album avec impatience (Vraiment ? Non, mais des fois on en a marre d’écouter les Stones).

Sur les 11 titres de l’album, 7 figurent sur les singles précédents. 11-7= 4, on attendait de voir ce que donnerait les quatre titres restants. Et c’est un peu le problème, parce qu’ils sont faiblards.

Ne pas écrire de chansons et pratiquer le « chant parlé » façon Lou Reed, demande de compenser par un autre élément : le mur du son, la morgue, l’anarchie inezeyouké, avoir Mark E.Smith derrière le micro, etc….En tout cas quelque chose d’énergique, voir dangereux. Dans le cas présent, Caillou est dubitatif. Peut-être est-ce dû au mix : la voix (pas sensationnelle) est tout en avant alors qu’on dirait que le groupe joue dans le pub d’à côté….On peut monter le son à fond, même pas sûr que les voisins gueulent. Les titres déjà connus sonnaient mieux sur les singles….

Alors on lit partout dans la presse qu’à l’aune d’un groupe comme Fontaines D.C. « le rock’n’roll n’est pas mort ». Caillou se permet d’en douter. Si ce disque était sorti à l’époque de ses références avouées (Joy Division/Clash/Gang Of Four/The Fall/The Smiths) et où il était encore vivant (le rock), le groupe ne serait sûrement pas allé plus loin que la banlieue de Dublin.

Dommage, la pochette est pas mal…